[ < - retour au sommaire - > ]



Pour ce premier article consacré aux démos, on va tout simplement expliquer ce qu'est une démo. Parce que ça prête un peu à confusion... Démo d'un jeu ? Non... Bah alors, c'est quoi ? Bien qu'aujourd'hui le phénomène soit de plus en plus médiatisé, (encore que ça reste assez "underground", comme ils disent, les gens branchés...) beaucoup de personnes ignorent tout de cette forme d'expression, et surtout reçoivent parfois de plein fouet de fausses allégations (genre demomaker = pirate) qui ne les encouragent pas à s'intéresser à la scène. Je pense surtout aux plus jeunes d'entre nous, ceux, les malheureux, qui n'auraient jamais vu un numéro du défunt Microkid's...


I. Ah ouais, les démos, les programmes des pirates!!!

Non. Pas du tout, là je vous arrête tout de suite. Malgré beaucoup d'idées reçues, (voir
l'article paru dans "Le Monde") le monde de la démo, la "scène" démo, n'a rien à voir avec le monde de la piraterie, bien que la première soit issue du second. Petit retour en arrière... Tout a commencé par le cracking, aussi appelé "déplombage", qui consistait à casser les protections d'un programme. Ensuite, on pouvait tranquillement distribuer le jeu cracké à tout son entourage. Il est vrai que la notion de cracking apparait moins évidente à notre époque. En effet, depuis l'apparition du cd-rom, les jeux jouent généralement, dans leurs systèmes de protection, sur la présence ou non du cd dans le lecteur, ce qui fait qu'on "subit" beaucoup moins, voire pas du tout, la protection. Alors qu'à l'époque, on jouait sur le fait que seul un utilisateur ayant acheté le produit possédait le manuel d'utilisation. D'où les protections du style "quelle est la troisième lettre du quatrième mot de la deuxième phrase du premier paragraphe de la page 127 du manuel ?" De plus, avant l'apparition du cd-rom, on était bien obligé de vendre les logiciels sur support disquette. Ce qui facilitait la distribution de logiciels crackés. De nos jours, évidemment, on préfère le cd-rom, parce qu'avec toute la place dont il dispose, on peut programmer comme des cochons sans avoir à se soucier d'un quelconque algo de compression, et on peut mettre 500 Mo de cinématiques... Mais là je m'égare.


State of Mind /Bomb

State of Mind /Bomb Second à The Party 8


II. La scission.

A l'exécution d'un programme cracké, un message "cracked by..." apparaissait à l'écran. Bien évidemment, les auteurs du méfait ne dévoilaient pas leurs noms, mais se cachaient derrière des pseudonymes, tradition qui a été conservée dans les démos. Ainsi donc, un message apparaissait au lancement du jeu. Ce message était bien souvent une petite phrase en mode texte, rien de plus. Mais peu à peu, les crackers ont commencé à complexifier ces "intros" (puisqu'elles se lançaient avant le jeu) et faire des textes défilants en mode graphique, puis d'autres effets. La compétition qui se passait alors au niveau du crack se déplaça peu à peu vers les intros. En effet, comme le disait Zappy /Bomb, dans
Toxic Mag 14, d'une part le craking devenait facile,car les éditeurs reprenaient souvent les mêmes protections d'un jeu à l'autre, et d'autre part "les utillisateurs aimaient ces intros car elles étaient souvent de petits bijoux de programmation, et ils s'en rendaient compte, particulièrement lorsque le jeu qui suivait l'intro était nul, ce qui arrivait souvent!". Ainsi arriva le jour où un groupe décida d'arrêter le cracking pour se consacrer entièrement aux démos. (surtout qu'à l'époque, l'APP, l'Agence pour la Protection des Programmes, était très active) Ce fut la scission des deux mondes.


State of Mind /Bomb

State of Mind /bomb Second à The Party 8


III. Les Coding Parties.

Cependant, malgré la scission, il est vrai que, pour un oeil non-averti, la confusion peut-être facile tant il existe des similitudes. En premier lieu, comme on l'a dit plus haut, l'utilisation de pseudonymes. "Pourquoi se cacher derrière un pseudo quand on exerce une activité tout ce qu'il y a de plus légal ?", diront les détracteurs de la scène. De toutes façons, les noms véritables des auteurs d'une démo sont souvent disponibles dans une "infofile" qui accompagne généralement l'oeuvre. En second lieu, les "CP", les "Coding Parties". Il est vrai que ce sont les mêmes initiales que pour "Copy Party", les rassemblements de pirates au cours desquels on s'échangeait des jeux, des astuces de programmation, et où on crackait à tout va. Histoire d'éviter la confusion, on peut toujours dire "Démo-Party"... Les CP, vous l'aurez compris, sont des rassemblements de groupes de démos, durant de 2 à 5 jours. Ces CP sont l'occasion de passer quelques jours entre passionés, de rencontrer les personnes avec lesquelles on discute depuis des mois sur Irc... Pendant ces manifestations sont organisées des compétitions, au cours desquelles chaque groupe présente sa dernière production. Il existe beaucoup de compétitions différentes, mais on retrouve au moins les catégories classiques :
Démos : Bien que ce soit un terme générique, il désigne également la catégorie reine. Généralement, il n'y a aucune limite de taille, encore que cela dépende de la party, mais généralement, s'il existe une limite de taille, elle n'est pas trop pénalisante. Certaines parties imposent une limite de durée.
Les intros : Se divisent en deux catégories: 64ko et 4ko. Des limites de taille donc, ce qui impose des algos de compression très élaborés et donne parfois des résultats ahurissants. (voir Stash /The Black Lotus)
A côté de ça, d'autres compos viennent se greffer, comme les compos de graphiques, de musique, les wild compos... et il y a bien sûr les compos pour les autres machines, Amiga, Atari...


Off /Doomsday

Off /Doomsday Vainqueur de la Dreamhack '98


IV. Mais alors, c'est quoi, au juste, une démo ?

C'est vrai. Je m'emporte, là, mais on n'a toujours pas défini clairement ce qu'était une démo. "Démo", la contraction de "démonstration"... On pourrait dire que c'est une démonstration des capacités du coder, du graphiste, et du musicien... En fait, comme est il écrit dans les infofiles du groupe Realtech, on pourait dire que les demomakers sont des gens qui font des "realtime multimedia presentation", comme ils disent. Non, je ne traduirais pas. Vous êtes assez grands pour comprendre, et de toutes façons, si vous êtes anglophobes, vous êtes assez mal barrés dans le monde de la démo... Et oui, dans une CP, (une grosse quand même, style "The Party"...) il y a une telle diversité de nationalités que le dénominateur commun au niveau du langage... c'est l'anglais. Mais revenons-en au sujet qui nous intéresse : Qu'est-ce qu'une démo ?
On retiendra la démonstration des capacités de chacun, et le fait que ça soit, pour être simple, un programme qui affiche de zolies choses à l'écran, avec de belles images et pis avec de la musique qu'est bien synchro avec les images... Mais le mieux reste de regarder des démos pour mieux comprendre ce que c'est. Je vous invite donc fortement à faire un tour sur
Orange Juice , le centre d'information français de la scène démo internationale. Sur ce site très réussi, vous trouverez, entre autres, des liens vers d'autres sites parlant de démos, ainsi que des sites vous permettant d'en télécharger... des démos. Histoire de vous faire une idée.

Off /Doomsday

Off /Doomsday Vainqueur de la Dreamhack '98


V. Ouah! Ca cartonne! Je veux faire partie de ce monde merveilleux avec des fleurs partout et plein d'amour...

Aaaah. Excellente réaction. Les sceners néophytes sont généralement très bien accueillis. Comme source d'informations, il y a beaucoup de choses. Le channel #demofr, sur Irc,
Orange Juice et ses nombreux liens... Si vous vous voyez plutôt programmeur, allez jeter un oeil à la rubrique " programmation ", vous y trouverez certainement des choses intéressantes... Pour les graphistes en herbe, je vous avouerais que je n'ai pas grand-chose... Tout ce que je peux faire, c'est vous conseiller l'exxxxccelllent utilitaire GrafX2, par Sunset Design . (au dernières nouvelles, c'était gratuit...) Et pour les apprentis-musiciens, allez donc voir dans la rubrique " music " si vous y êtes... (quoiqu'à l'heure où j'écris ces lignes, la rubrique music est encore loin d'être terminée...)

Ainsi se clôt notre premier article consacré aux démos. J'espère que je vous ai donné envie de devenir un "scener" actif, ou au moins l'envie de lire les prochains articles dans Peuw!

Sur ce, bonne chance à vous si vous avez décidé de vous lancer dans l'aventure de la démo !

Mr Gone

- Supplément multimédia du journal "Le Monde" -

Démos pour s'exprimer

En parrainant un concours des programmeurs sauvages, France Télécom et le Marché des programmes interactifs, le Milia, affichent une certaine ouverture vers la jeunesse créatrice.

Cannes,
de notre envoyé spécial

Environ 70 codeurs, musiciens, graphistes, animateurs 2D et 3D, créateurs de pages Web, soit environ une vingtaine de groupes, ont, dans le cadre du Milia, participé à Servo98, une démo-party, compétition se déroulant plus généralement, de façon confidentielle, voire semi-clandestine.

A Cannes ce défi pour les programmeurs de haut niveau, parmi lesquels il n'est pas rare de rencontrer des vedettes du piratage informatique, était parrainé par France Télécom.

Dans de tels rassemblements, des groupes de trois ou quatre personnes travaillent sans relâche sur des thèmes imposés durant plusieurs jours et plusieurs nuits quasiment sans dormir.

Les contraintes imposées sont fortes: fabriquer en quelques heures une introduction musicale de trois minutes,une illustration sur un thème donné (cette fois le pingouin de Linux), une animation (une explosion), une "intro" -programme court-, une bannière animée ou une page Internet, une "démo" -programme complet- qui techniquement, autant pour l'affichage, le calcul, la musique, utilisent au maximum les possibilités des machines et relèvent de l'exploit technique.

"France Télécom m'a appelé fin décembre pour organiser le truc, explique Christophe Artin, du groupe Cyber Nostra. En novembre, j'avais déja organisé une opération "live" avec France Télécom dans une dizaine de Fnac pour le groupe IAM.

Mon association est composée de plasticiens, de vidéastes, de musiciens, de nombreux communicants et d'autodidactes citoyens comme moi.

Elle s'occupe, entre autres, de monter autour de Marseille des opérations pilotes informatiques sur des "terrains urbains difficiles", pour employer le jargon officiel.

Pour cet évènement, sur 1500 mails, plus un certain nombre de courriers et de coups de téléphone, j'ai reçu 200 demandes en dix jours, qu'il a fallu contrôler, vérifier, accepter ou refuser.

Au départ les types se méfiaient. Nous avons réussi malgré tout a rassembler environ 70 personnes qui ont dormi sur place sur des matelas de plage. Ils ont été nourris gratuitement par le Milia et utilisent les douches du palais des festivals, un luxe incroyable pour eux!

D'habitude ils dorment à même le carrelage ou sur une chaise, la main sur leur ordinateur, pour éviter tout convoitise !"

Dans l'ambiance affairée et affairiste du Milia, le Servo98, étranges fiançailles de la mangouste et du cobra, s'est déroulé sans heurts, l'ambiance musicale fut raisonnable et l'atmosphère bon enfant.

Les groupes gagnants ont reçu moult cadeaux et récompenses, d'une valeur globale de 50000 francs.

Léopold Braunstein.